World Theatre Day 2013 Message

 

World Theatre Day 2013 – Canadian Message

By Micheline Chevrier

I love a great story.

As far as I can remember, everything I have ever learned, and that has mattered to me, I have learned through storytelling. And I have learned much by being told and telling stories through theatre.

My earliest memory of theatre is when I went to see Charbonneau et le Chef, a play written by Thomas McDonough, and adapted by Paul Hébert and Pierre Morency. It was 1973 and I was 15. I was living in the thick of the fever of Quebec independence: a heated political and personal debate about our identity. Jean Duceppe, a great and famous Québécois actor, was starring in the production. I believe this is why we went: my parents were not in the habit of going to theatre, unless I was starring in a school production. And so, we were all thrilled, me most of all, to see him in the flesh! But what happened to me that night surpassed my expectations.

That evening, I did hear a great story, beautifully told, about…me.

I had already fallen in love with Molière and Ionesco and wished for “a life in the theatre,” but I had not fully realized what that meant to me until that night. The action of Charbonneau et le Chef was centered around the famous Asbestos strike in Québec in 1949. But it dealt with much more: it explored equality, freedom and, above all, identity. Ironically, it took a play originally written in English, adapted into French (and Québécois at that!) about events that happened before I was born to make me feel an immediate and personal connection to the theatre. This experience changed my life. I had discovered that theatre has the power to give a voice, not only to me, but to everyone with whom I share this world. I had learned that the stage was not only a place where stories were told, but it was where we could tell OUR stories.

I have always been curious about the world beyond mine, always yearning to experience how the “other half lives.” Perhaps this is why I chose to leave Québec after my university studies and explore theatre in the rest of Canada, in another language, in another and other cultures. I am one of the fortunate theatre artists in this country whose career in the theatre has led her to work with the stories and experiences of a variety of Canadian cultures: First Nations, Acadian, East and West Indian, Black and other communities.  These encounters have challenged and deepened my perception of this nation.

I believe the idea of nationhood, our identity, derives from the diversity in our descent and history; it is formed in the way we express ourselves, in the language of our stories. The best work, our most memorable experiences, emerge from our differences and encounters with the other. As we come to acknowledge these differences, our unique and common identities are brought into representation. Our voices become clearer, our stories stronger. I believe it is theatre’s responsibility to reflect this diversity, not only through ethnicity and language, but also by revealing the multiplicity of performing arts practices that make up the artistic community. Through my travels, I have come to understand the magnificent scope of Canada’s national theatre community, a landscape of performing arts that is continually being shaped by the diversity of its artists and their practice. It is this diversity that theatre needs to celebrate.

Through these encounters with the other, I am learning to be at home in the unfamiliar, to be at ease in the uncomfortable. It is through the meeting of these differences that I am shaken out of my complacency, that I am challenged to work harder, to be better.

Theatre must dare to unsettle, be violent in its choices, explore the danger in living a full life. The best stories are full of the unexpected: they are journeys of discovery about the self and the other.

And so, in my life and in my work, I must venture into the land of ‘I don’t know.’ After all…

I do love a good story.

 

French Version (translated by Johanne Parent)

J'aime bien les bonnes histoires.

D'aussi loin que je me souvienne, tout ce que j'ai appris et qui a de l'importance à mes yeux, je l'ai appris par la voie des contes. J'ai appris énormément par les histoires qu'on m'a racontées et celles que j'ai racontées au théâtre.

Mon souvenir le plus ancien concernant le théâtre, c'est quand je suis allée voir Charbonneau et le Chef, une pièce écrite par Thomas McDonough puis adaptée par Paul Hébert et Pierre Morency. C'était en mille neuf cent soixante-treize et j'avais quinze ans. Nous étions au plus fort de la fièvre indépendantiste au Québec. C'était à la fois un sulfureux débat politique et personnel au sujet de notre identité à tous. Jean Duceppe, ce grand comédien québécois, était la tête d'affiche de cette production. Je crois bien que c'est ce qui nous amena, mes parents et moi, au théâtre. Ils n'étaient pas du genre à fréquenter les théâtres, sauf bien sûr si j'étais en vedette dans une production à l'école. Nous étions donc tous, surtout moi, très enthousiastes à l'idée de le voir jouer en chair et en os. Toutefois, ce qui m'est arrivé ce soir-là surpassa mes attentes.

Ce soir-là, j'entendis une merveilleuse histoire, admirablement racontée. Et elle parlait... de moi.

À l'époque, j'étais déjà amoureuse de Molière et de Ionesco et je souhaitais vivre du théâtre. Toutefois, je n'avais pas vraiment réalisé ce que ça voulait dire avant cette soirée. L'intrigue dans Charbonneau et le Chef gravitait autour de la désormais célèbre grève de l'amiante à Asbestos, au Québec, en mille neuf cent quarante-neuf. Mais c'était beaucoup plus que ça.

Elle explorait les thèmes de l'égalité, de la liberté, mais surtout celui de l'identité. Une pièce écrite en anglais, adaptée en français, le français québécois, de plus. Paradoxalement, ce fut cette pièce, traitant d'un sujet qui s'était déroulé bien avant ma naissance, qui m'a fait sentir un lien personnel et immédiat avec le théâtre. Cette expérience a changé ma vie. J'ai découvert que le théâtre avait le pouvoir d'offrir une voix. Pas seulement à moi, mais à tous ceux avec qui je partage le monde. J'ai appris que la scène n'était pas seulement un endroit où les histoires étaient racontées mais un endroit où nous pouvions raconter NOS histoires.

J'ai toujours été curieuse au sujet du monde au-delà du mien, cherchant toujours à vivre ce que vit l'autre moitié du Canada. C'est peut-être pourquoi j'ai quitté le Québec après mes études universitaires pour explorer le théâtre dans le reste du Canada, dans une autre langue, une autre culture. Je suis de ces artistes privilégiés en ce pays dont la carrière au théâtre les ont amenés à travailler avec les histoires et les expériences de nombreuses cultures au Canada : les peuples des Premières Nations, les Acadiens, les Indiens de l'Est et de l'Ouest, les Noirs et encore d'autres communautés. Ces rencontres m'ont mise au défi et ont approfondi la perception que j'avais de cette nation.

Je crois que cette idée que nous nous faisons de la nationalité, de notre identité, provient de la diversité de nos origines et de notre histoire. Cette idée a été formée par la façon dont nous nous exprimons. Dans le langage de nos histoires. Notre plus beau travail, nos plus belles expériences, proviennent de nos différences et des rencontres avec l'autre. Au fur et à mesure que nous reconnaissons ces différences, nos identités uniques, ainsi que celles que nous avons en commun sont mises en lumière. Nos voix deviennent plus claires, nos histoires plus fortes. Je crois que c'est de la responsabilité du théâtre de se faire le reflet de cette diversité et ce, pas seulement à travers l'origine ethnique et la langue, mais en dévoilant la multitude des pratiques des arts de la scène qui forment la communauté artistique. Lors de mes voyages, j'en suis venue à comprendre la merveilleuse étendue de la communauté artistique qu'est celle du théâtre canadien. Un paysage formé par les arts de la scène, qui est constamment façonné par la diversité de ses artistes dans la pratique de leur art. C'est cette diversité que le théâtre doit célébrer.

Grâce à ces rencontres avec l'autre, j'apprends à me sentir chez moi dans l'inconfort et dans ce qui ne m'est pas familier. C'est avec ces différences que je sors de ma complaisance. Que je suis mise au défi de travailler plus fort. De travailler mieux.

Le théâtre doit se permettre de créer le malaise. D'être violent par ses choix. D'explorer les dangers d'une vie bien remplie. Les meilleures histoires sont celles pleines de surprises : ce sont des voyages permettant la découverte des autres ainsi que de soi.

Alors dans ma vie comme dans mon travail, je dois m'aventurer au royaume du «je ne sais pas». Après tout...

J'aime bien les bonnes histoires.

                                                                       

MICHELINE CHEVRIER

For over thirty years, Micheline has had the good fortune of working across Canada as director, dramaturge and artistic director. She has directed at such theatres as the Shaw Festival, the National Arts Centre, the Citadel Theatre, Alberta Theatre Projects, the Globe Theatre, Prairie Theatre Exchange, Canadian Stage, Théâtre français de Toronto, Young People’s Theatre, Centaur Theatre, Geordie Productions, Imago Theatre and Theatre New Brunswick among others. In addition, she has been, over those same years, Associate Artistic Director at Theatre New Brunswick, Associate Dramaturge at Playwrights Workshop Montreal, Associate Artist at Canadian Stage in Toronto and, most recently, Associate Director at Imago Théâtre in Montreal. From 1995 to 2000, Micheline was the Artistic Director of the Great Canadian Theatre Company in Ottawa. She has also directed and taught at the National Theatre School, Concordia University, McGill University, York University, Dalhousie University and the University of Alberta.

play