Theatre Day 2011


Canada’s Theatre Day Message 2011

World Theatre Day/La Journée Mondiale du Théâtre

March 27 mars

Written by Michel Ouellette and translated by Linda Gaboriau

Nous vivons dans un monde pressé qui nous presse de presser le pas. Allons, plus vite! Bougeons! Grouillons! Il ne faut pas perdre une minute. Le temps, c’est de l’argent. Vendez, achetez. Naviguez dans Internet pour trouver le meilleur prix. La toile nous tient dans ses fils entrelacés. Le réseau nous prend par l’oreille, par les yeux. L’écran tactile nous touche, nous bouscule, nous entraîne encore plus profondément dans les rythmes formatés de la danse technologique, gérée avec efficacité, qui nous enchaîne les uns aux autres dans un bruyant silence cybernétique. Le temps est fou et l’espace est virtuel. Nous cherchons des âmes cœurs et trouvons des liens qui nous connectent à des périphériques qui nous laissent sur le pourtour de nos réalités. Pourtant… Je cherche un repère, une lumière, des corps et des voix. Je trouve un théâtre. J’entre.

Il y a une salle où règne une douce obscurité. Nous sommes nombreux. Nous attendons. Nous chuchotons dans l’attente du mystère qui va s’opérer devant nous bientôt : l’incarnation. Soudain, un bruit retentit, une musique s’élève, une lumière éclaire un espace dans lequel des êtres prennent vie. Puis, le silence se pose sur notre côté de la salle. Nous tendons les oreilles et les yeux vers ces êtres de chair qui s’offrent à nous comme on offre une offrande. La tension monte : quelque chose va arriver. Les acteurs se donnent, se livrent pour nous délivrer de notre monde pressé qui ne nous presse plus, maintenant. Nous nous maintenons dans cet autre monde qui a besoin de nous pour exister. L’illusion théâtrale devient une réalité. Le temps change. L’espace nous envahit. Nous sommes, à la fois, dans notre fauteuil et sur scène. Nous nous réincarnons. Les mots que prononcent les personnages sont nos mots à nous aussi. Ils vibrent en nous pour ramener des profondeurs de notre être des parcelles éclatantes de notre mémoire, de notre sensibilité affective. Autour de tel mot, la figure d’une personne connue, inconnue, mal connue veut naître, le fantôme d’un sentiment se donne un corps. L’émotion se cristallise. Nous vivons, revivons ce qui n’a pas eu le temps de vivre dans l’autre monde trop pressé. Ça prend une forme. Ça se donne un sens, le sens dessous dessus. Ça brille. C’est une lumière intérieure à la surface des pupilles où hésite une larme de joie ou de peine. Nous nous laissons emportés par l’action, les uns avec les autres, contre les autres, seuls, ensemble. Le théâtre nous tient jusqu’à la fin. Nous applaudissons comme pour dire que nous approuvons cette descente vers les confins de notre être. Puis, les lumières de la salle s’ouvrent sur nous. Éperdus, nous reprenons nos masques sociaux perdus pour protéger ce qui brillait en dedans, pour garder cette lumière en nous le plus longtemps possible.

Le théâtre est un moyen de lutter contre ce qui nous déshumanise, nous mécanise, nous numérise. C’est l’occasion de renouer avec des parts de nous-mêmes qui nous échappent. Ça nous rappelle que nous ne sommes pas seuls en face des mystères de la vie et de la mort. Nous sommes des réseaux organiques, une toile de fils sensibles, fragiles et instables, toujours en quête d’équilibre, sur la voie du bonheur. Peut-être que c’est au théâtre, finalement, que l’humain se crée.

We live in a rushed world. We rush around frantically, in a constant rush. Hurry, hurry! Faster! Let’s go. Get a move on! Don’t waste a minute. Time is money. Sell, buy.  Surf the internet to find the best deal. We are caught in the weave of the web. The network has caught our eye, our ear. The interactive screen touches us, jostles us, draws us even deeper into the technological dance, managed so efficiently, it binds us together in a noisy, cyber silence. Time is wild and space is virtual. We seek soul-mating and we find links that connect us to highways that lead to the outer edge of our realities. And yet… I find myself seeking a place, voices and bodies, light. I find a theatre. I enter…

Inside there is a hall plunged in soft darkness. There are many of us. We wait. We whisper, while waiting – for the mystery of incarnation that will soon unfold before us. Suddenly, a noise fills the air, music rises, light fills a space in which beings come to life. Then silence descends on our side of the hall. We turn our eyes and our ears to these flesh and blood beings who reach out to us, invite us in. Tension rises – something is about to happen. Actors give of themselves, offering us a precious gift: an escape from our rushed lives. We stop rushing around madly and we remain in this other world that cannot exist without us. The illusion of theatre becomes reality. Time is transformed. Space surrounds us. We are sitting, simultaneously, in our seats and on the stage.  We are reincarnated. The words the characters speak are our words, too. They vibrate inside us and reveal in the depths of our being dazzling shards of memory and emotion. A word conjures the face of someone we know, don’t know or barely know, the ghost of a feeling is embodied. The feeling crystallizes. We experience, we relive something that never had time to live in the other rushed world. It takes shape. It takes on meaning, an inside-out meaning. It glows. It’s an inner light on the surface of our pupils where a tear of joy or sadness is poised. We get caught up in the action, along with the others, despite the others, alone and together. Theatre holds us in its thrall until the end. We applaud, as if to say that we approve of this descent into the confines of our selves. Then the lights in the hall go up on us. Stunned, we once again don our social masks, to protect everything that glows inside, to hold this light within us as long as possible.

Theatre is a means of fighting what dehumanizes us, mechanizes us, digitalizes us. It is an opportunity to connect with aspects of ourselves that all too often escape us. It reminds us that we are not alone in confronting the mysteries of life and death. We are organic networks, a web of sensitive links, fragile and unstable, always seeking balance, on the path to happiness. Perhaps, when all is said and done, our humanity is forged in the theatre.

 

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